Une journée à Songpan, Sichuan

une journée à songpan, sichuan

Une journée à Songpan, Sichuan

A Songpan, Sichuan, tous les hommes portent des chapeaux. Tous les hommes sauf les jeunes. Des chapeaux comme les cow-boys dans les westerns. Avec une plume sur le côté, ou des filaments de cuir qui pendouillent à l’arrière, ou alors parfois les deux. Il faut dire que tous les hommes d’ici semblent sortir tout droit d’un western de Sam Peckinpah.

Je me rappelle du couple que nous avons croisé dans le métro en arrivant à Chengdu. Que nous avons recroisé ensuite au salon de thé du temple Wenshu, puis une troisième fois encore dans le métro. Je me rappelle du chapeau bordeaux à la plume marron de l’homme qui louchait. Louchait de l’œil droit. Il devait venir de Songpan. Ou de ses environs. Du froid des montagnes.

Le lendemain nous sommes allés marcher dans les montagnes, à la recherche d’un temple bouddhiste que nous n’avons jamais trouvé. A la place nous sommes arrivés dans un village tibétain. Seuls dans les montagnes sous le soleil d’automne, et j’ai compris pourquoi les hommes d’ici portent un chapeau. Le soir, le visage couvert de coups de soleil j’achetais un chapeau moi aussi. Beige, avec une plume multicolore. Comme une plume de paon.

Le lendemain nous quittions Songpan.

Jamais plus nous n’avons recroisé d’hommes avec un chapeau.

La chambre d’hôtel

Notre chambre d’hôtel de Songpan
sent le tabac froid.

J’ai l’impression d’être
dans la vieille chambre de mon oncle Thierry
chez mon grand-père,
à Vendin-les-Bethunes,
Pas de Calais.

On y allait avec mon cousin Clément
jouer aux jeux vidéos.

 

Le rêve

Cette nuit elle a rêvé
          de tarte Tatin
mais dans la boutique de tarte Tatin,
il n’y en avait plus
alors à la place elle a pris
          un pudding au lait.

Quel rêve étrange.

 

7H30 dans les rues de Songpan,
les enfants vont à l’école,
les chiens errants se promènent.

 

L’abattoir

Dans leurs enclos les vaches
regardent d’autres vaches se faire évider
à l’abattoir en plein air
à côté du marché à viande.

Le sol est couvert de sang.
Les carcasses fument.
Le soleil se lève sur Songpan.

 

Le boucher de Songpan

La clope au bec
à la hache il décarcasse
la vache qui pendouille d’un crochet.

Recouvert de sang
il se frotte le front
et continue.

 

 

Sur la gauche du sentier,
les vaches, sur la droite
les chèvres.

Au loin
devant la montagne au sommet enneigé
la grande usine.

 

Timide
elle se cache derrière les arbres
la montagne enneigée.

 

Au sommet de la montagne
sous un arbre Fanny fait pipi.

Sur une feuille morte
se repose un grillon.

 

Au milieu du sentier
quatre yacks nous regardent.
Leurs cornes pointues.

 

Au-dessus des drapeaux de prières
multicolores plane un faucon dans le ciel
bleu.

 

 

Nous n’osons pas parler,
à peine chuchoter.

Dans la vallée
entre les montagnes
le long de l’étroite rivière

un village tibétain.
Le silence.

 

Dans le village tibétain
les vaches et les chevaux dorment au soleil.
Les chèvres aussi.

Dans la montagne les deux fermiers
nous regardent passer

rouges et transpirants

habillés pour l’hiver
sous le soleil d’automne.

 

Assis au soleil
nous attendons que les taureaux bougent
bougent et sortent de la route
pour continuer notre chemin.

Un courant d’air souffle les feuilles d’automne.
A nos pieds dans l’herbe sèche
sautent les criquets.

 

songpan, sichuan

 

Dans la vallée
sous
l’énorme pont en construction

les femmes
ramassent des choux.
Des chevaux se promènent.

 

Sur le bord de la route
tète bébé yak.
A côté la station-service.

 

Garé sur le bord de la route
il prie aux pieds des montagnes.
Pas de nuage.

 

Les yaks

Avant de venir en Chine
je me demandais
si je verrais des yaks.

Dans le bus
entre Songpan et Langmusi
250 kilomètres
j’en ai vu au moins
cinq mille.

Il y en avait partout.

Des yaks sur les montagnes.
Des yaks dans les prairies.
des yaks sur les routes.

Des yaks des yaks des yaks.

 

Les ouvriers

Dans le bus
entre Songpan et Langmusi
250 kilomètres
sur une route neuve.

Toute neuve.

Je me demande ce que sont devenus
ceux qui l’ont construite.

Peut-être vivent-ils toujours
dans de petites cahutes le long d’un chantier
se déplaçant en même temps
que la nouvelle route qu’ils construisent
toujours plus loin dans les montagnes.

Ou peut-être sont-ils rentrés chez eux
en attendant
quelque chose de nouveau à construire.

 

Voir plus d'articles de Axel Clody

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.