Sichuan : Faire du cheval en Chine

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Sichuan : Faire du cheval en Chine

Escapade équestre à Langmusi

A dix heures, notre guide vient nous chercher à Langmusi, petite ville monastique au nord de la province du Sichuan. Il a un peu neigé cette nuit mais le temps semble s’être adouci. Nous allons chercher nos chevaux à pieds. Ni Axel ni moi n’en n’avons déjà fait avant. Cela se voit que nous avons un peu peur, même si aucun de nous n’ose le dire en premier. Peur mais aussi une fierté en anticipation. Savoir que l’on va faire une activité nouvelle, excitante, et qu’avec un peu de chance, on va y arriver.

Les chevaux sont gentils et calmes.

Le début du parcours est sur un sentier, idéal pour s’habituer à ces sensations nouvelles. Surtout à celle de ne pas contrôler et de devoir faire 100% confiance à un animal. Animal dont j’avais une peur bleue étant enfant.

Progressivement, le temps se gâte. La température baisse doucement. Nous traversons notre première rivière et apprenons à nous cambrer pour suivre le mouvement du cheval. Plus loin, un troupeau de yaks et son berger à cheval. A nouveau, ne pas paniquer, respirer calmement et laisser aller. Se détacher de ses peurs car il n’y a simplement pas d’autre alternative.

Au bout de deux heures, nous commençons à ne plus sentir nos orteils, malgré les 3 paires de chaussettes.

Nous nous arrêtons dans une petite maison encore en construction. Là, un vieux monsieur habillé tout en vert nous reçoit. Le poêle chauffe, nous avons du thé et profitons d’un lieu abrité. Il nous prépare un déjeuner chinois traditionnel : riz, pommes de terre et poivrons en lanières, soupe à l’œuf frit et à la tomate. À la fois frugal et juste.

Au moment de repartir, la neige. Assez dense. Le vent. Qui glace les os. Nous remontons sur nos chevaux sans trop réfléchir. Faire du cheval en Chine, c’est plus sportif que prévu. Ils ne semblent pas trop apprécier ce temps et changent d’humeur. Un instant, ils s’arrêtent pour brouter et ne veulent rien entendre. L’autre, ils se pressent, passent par les chemins les plus abrupts. En ayant absolument aucune expérience en équitation, je ne suis parfois pas très rassurée. Heureusement, notre guide est là et sait les apaiser autant que me calmer par sa présence.

À chaque kilomètre, le vent et la neige s’intensifient. Nous arrivons sur de hauts plateaux dans le brouillard. Seulement quelques amas de taches noires au loin, différents troupeaux de yaks. A chaque groupe d’environ cent yaks, une à deux femmes, à pied. Elles marchent dans la neige, guidant les bêtes avec leur bâton ou leur voix qui porte.

Nous commençons à apercevoir quelques tentes, espacées de 500-600 mètres.

Elles sont à la jonction du plateau et la naissance de la montagne, très légèrement en pente. Rectangulaires, en peau de yak beige. En hauteur, deux trois chiens gardent l’habitation et les troupeaux.

Nous allons nous réchauffer à l’intérieur, à nouveau en buvant du thé. La dame qui habite là rince les verres à l’eau bouillante à mains nues sans que cela ne semble provoquer la moindre douleur. Elle a de délicats yeux en amande et des joues rouge brique signe du temps passé dehors. Un foulard bleu électrique brodé de fleurs safran entoure ses longs cheveux noirs.

Elle commence à cuisiner. Tout d’abord, ce qui semble être de la pâte à pain : farine, eau. Peut être un peu de levure, nous ne sommes pas sûrs. Bien pétrie puis roulée en boudins. Un peu d’huile pour ne pas qu’ils collent entre eux. Puis, le tout est mis dans un sac plastique fermé proche du feu, pour lever et d’assouplir tout doucement.

Ensuite : une pomme de terre (rincée et pelée en un geste grâce à une éponge métallisée), 2 tomates, 2 piments.

Nous nous demandons si le résultat sera une soupe accompagnée de pains plats. Puis, elle récupère la pâte et l’étire en longs bandeaux. Avec ses doigts précis, elle la découpe pour former des petits rectangles de pâtes fraîches, directement jetés dans le bouillon bouillant. Elle couvre, baisse le feu et s’en va sous la neige.

Le guide fait ses prières à voix basse en passant les perles de son collier entre ses doigts.

Pendant ce temps, nous nous mettons à jouer à « devine à qui je pense ».  Un ami arrive dans la tente. Il porte également la veste traditionnelle doublée en peau sur sa doudoune. Elle est ceinturée avec une très longue écharpe bordeaux. Au cou, un large collier ambré. À la main, une large bague. Elle est dorée presque pailletée, rectangulaire. Dessus, deux incrustations : un symbole chinois ainsi qu’un cheval chinois. Ils fument une cigarette au coin du poêle et discutent en tibétain. Nous n’y comprenons pas grand chose mais ils ont l’air de bien s’entendre.

Pendant ce temps, la femme est toujours dehors à s’occuper de la horde de yaks. La nuit est tombée, il neige et le vent balaie le pied de la colline. Il doit faire entre -10 et-15 degrés.

Au loin, les chiens aboient. La marmite mijote, et avec elle, une forte odeur de viande fumée.

Nous dînons tous ensemble. La viande a un goût trop puissant pour mon palais, n’ayant pas l’habitude de saveurs fumées et séchées aussi intenses. Cependant, c’est de la cuisine de nécessité, de la cuisine laborieuse, qui réussit à nourrir face à une nature capricieuse. Comment conserver de la viande sans cette technique?

Nous continuons à nous réchauffer en silence.

Vers 21h, nos lits sont prêts.

Une couche de couverture en yak, un sac de couchage et deux couvertures en yak supplémentaires. Nous entendons le vent frémir et la neige tomber en rafale sur notre tête. Bien emmitouflés, nous y sommes bien. Collés l’un à l’autre, il n’y fait pas froid. Tout la nuit, le chien aboie pour que les yaks restent dans leur périmètre. Il a un wouf wouf précis, un wouf wouf de métronome. Comme un mantra qu’il répéterait en boucle, toujours sur le même ton.

Au réveil, un peu de neige a recouvert nos lunettes et un coin de la tente.

Nous sommes toujours bien protégés. Le feu est fait, allumé avec des herbes sauvages séchées qui lui donnent une odeur de barbecue estival. Nous allons faire pipi dans le neige, 20 centimètres sont tombés pendant la nuit.

Nous sommes entourés de yaks, toujours gardés par les Saint Bernard. Nos chevaux n’ont pas bougé.

Assis près du poêle, nous buvons du thé. Notre guide fume une cigarette sous les couvertures. La dame réorganise la tente et déplace les herbes séchées en gros ballots.

Nous n’osons pas l’aider, de peur de lui faire perdre plus de temps qu’autre chose. Alors nous essayons au moins de ne pas la gêner et observons ses gestes précis. Toute la tente est parfaitement organisée. Chaque chose est à sa place. Le comestible légèrement en hauteur, sur deux planches de bois. Le combustible à base de bouse de yak séchée est dans un autre coin. Tout est ensuite mobile, et ajustable, en fonction de la météo. Un coin qui devient plus humide à cause des chutes des neige demande la réorganisation des espaces de rangement. C’est pour ne pas humidifier les brindilles qu’elles ont été rempaquetées et posées dans le coin sec de l’habitation.

Pour la première fois, nous expérimentons le chroid.

La moitié du corps près du feu est bouillante tandis que l’autre frissonne. Pour y faire face, il suffit de bouger de quelques centimètres régulièrement, d’effectuer de petites rotations.

Le petit déjeuner se prépare. Quatre œufs battus. Une poêle très chaude avec un généreux fond d’huile. Quelques tomates coupées en fins quartiers. D’abord verser les œufs et mélanger pour les faire frire. Puis, les tomates. Mélanger et saler. Couvrir d’un bol d’eau et mettre le couvercle.

Servir avec du pain plat pour saucer.

Pendant que nous mangeons, la dame est déjà sortie, pour s’occuper des yaks. Nous entendons un éclat de voix de temps en temps, lorsqu’elle leur donne des ordres. Elle n’a pas encore déjeuné et travaille déjà comme une forcenée.

Quand elle revient, un jeune homme l’accompagne. Ils terminent la soupe de la veille. Chacun en profite jusqu’à la dernière goutte. Pour cela, il suffit de laper le bol avec la langue et la lèvre inférieure. L’eau frémit dans la bouilloire en métal.

Le sol est recouvert de vingt centimètres de neige fraîche, il fait -13 degrés.

Vers 10h, nous nous mettons en route. Les conditions sont difficiles et mon cheval a l’air de ne pas beaucoup les apprécier. Nous devons remonter la montagne mais il décide à la place de partir en sens inverse et d’aller se promener au milieu des yaks. La dame de notre tente vient m’aider et l’amène dans la bonne direction. Les paysages sont immaculés, pas une seule présence humaine sur la piste. Seuls quelques yacks et moutons sont passés avant nous.

En cours de route, nous récupérerons des chevaux qui vont nous suivre jusqu’à Langmusi. C’est à ce moment là que le mien décide de n’en fait qu’à sa tete et part au galop. Je tire les rennes plusieurs fois de suite de toutes mes forces, comme le guide me l’indique. Malgré cela, il lui faudra plusieurs minutes (qui paraissent infinies) pour se calmer. Avec la neige fraîche, la traversée est difficile. Ce qui semble être plat cache en fait des trous et des bosses. C’est un effort pour le cheval, qui se cambre, trébuche. Mes abdominaux sont serrés.

A chaque petit soubresaut, je bascule vers l’arrière pour trouver un équilibre et ne pas valdinguer.

Tout en sachant que les nomades ont été élevés au contact des chevaux, cela impose un respect immense. Bien sur, ce n’est pas notre élément et il est normal qu’ils y arrivent avec aisance. Cependant, dans de telles conditions, en ayant la responsabilité de deux novices, et en gardant son calme, cela fait toute la différence.

Nous continuons la route au milieu des plaines, sans un bruit. Une demi heure de répit où tout semble être à sa place. Quand soudain, nous devons traverser une rivière. Ce n’est pas la première mais celle ci est en contrebas. Le cheval doit donc sauter pour ne pas tomber dans un étroit ravin de deux mètres. Le mien panique autant que moi et se met à tourner sur lui même, s’agite. Je demande à descendre. Après quelques frayeurs successives, il est l’heure de connaître ses limites. Je sais qu’une route arrive et m’arrange avec le guide pour faire la seconde partie en taxi. Il n’insiste pas et règle tout cela en quelques secondes. Nous repartons en cheval pour la dernière demi heure. J’ai un instant de doute, ai-je arrêté trop tôt, est-ce dommage de ne pas continuer? Quand soudain, mon cheval décide de manger derrière un barbelé, qui arrache mon survêtement, et repart au galop de plus belle.

Voilà ce qu’il fallait pour terminer cette aventure hors du commun sans regret. Non, je ne serai jamais une nomade, et finalement, ça n’est pas si grave.

Faire du cheval en Chine : infos pratiques

Nous avons contacté Liyi qui gère l’agence Langmusi Tibetan Horse Trekking. Son site est en anglais, très clair. Elle partage plein d’informations sur la vie des nomades et est de très bon conseil. De plus, elle peut vous aider pour les horaires de bus, les correspondances ou les visites à faire dans la région. Une super adresse.

 

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