La mémoire des parfums (s’inventer sa nostalgie)

La mémoire des parfums (s’inventer sa nostalgie)

Il n’y a pas que la madeleine de Proust, il y a aussi la mémoire des parfums. Parmi les cinq sens,  je suis particulièrement sensible au goût et à l’odorat. Ils ont un pouvoir de réminiscence quasiment instantané. Parfois, ça nous prend par surprise, en sentant un parfum d’enfance, en croquant dans un fruit juteux.

Puis, parfois, c’est un jeu auquel j’aime m’adonner. La première fois que je me suis rendue compte que c’était possible, c’était au retour du Japon. Dans le vol aller, j’avais succombé aux charmes du duty free et acheté un flacon de parfum. L’Aqua Allegoria Mandarine Basilic de Guerlain.

J’adore les parfums aux agrumes, et j’étais déjà une adepte des fameuses eaux fraîches de la maison française. Alors, même à l’aveugle, j’avais une confiance totale.

La bouteille a été inaugurée dans les rues boisées de Kyoto, à la fin de l’hiver. Il y avait les silhouettes des geishas au loin, avec leur kimono en soie, leur teint pâle aux joues comme des cerises mûres. La mandarine, sa vivacité. Sur la peau, couleur orange qui éblouit. L’impression de marcher dans une atmosphère légère, dans des gouttelettes délicates. Comme une lanière de zeste écrasée entre ses doigts et jetée avec flegme dans une vodka glacée.

Une fois revenue en Belgique, à la maison, je suis repassée à un des mes autres parfums. Sans raison particulière si ce n’est l’envie de varier. Deux ou trois mois plus tard, j’ai eu envie de redécouvrir Mandarine Basilic. L’été débutait.

Quelques pulvérisations. Une vision de Kyoto. De la femme au parasol en soie peinte. De ses chaussures au talon en bois et son téléphone multicolore. C’était comme partir à nouveau en voyage, simplement en se laissant porter par l’odeur, par la mémoire des parfums.

Depuis, je cherche à recréer cette sensation. A accumuler les beaux souvenirs dans mon tiroir olfactif.

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Un souvenir de Londres

Il y a Smoked Plum & Leather de Jo Loves. Une rue de Londres. Elizabeth Street à Belgravia. Ses petites maisons anciennes et ses façades coquettes. Un léger crachin. Puis, d’un coup, des couleurs. La chaleur de l’automne, le confituré du fruit. La fumée d’un feu de cheminée. Du pourpre, du cuir. Le parfum que je mets contre le spleen saisonnier. Celui qui trouve du réconfort dans les journées grisâtres.

L’appel du voyage

Puis, le Jardin en Méditerranée d’Hermès. Celui-ci, c’est mon rituel festif. Départ en avion, arrêt obligatoire à la boutique de parfums pour m’en asperger. Mon écharpe de voyage qui sent les fleurs d’oranger, les promesses de joyeux moments à venir. Même si j’en suis folle, je ne l’ai jamais acheté. Je réserve ce plaisir uniquement aux halls d’aéroports.

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Trouver son parfum totem

A contrario, Cuir d’Ange est mon parfum fétiche, celui qui doit toujours être à portée de main. Encore d’Hermès, mais cette fois-ci, de la collection Hermessence, c’est le flacon que j’associe au courage. Avec ses notes animales et cuirées, il inspire la liberté, le caractère unique de chacun. Été 2017, une péniche sur la Seine. C’est la grande fête annuelle entre collègues. Là, un hypnotiseur fait son show pour divertir. Il passe de table en table et je me propose immédiatement en cobaye. Après avoir fait parler chinois une de mes amies, il me demande ce que je souhaite. Je n’ai jamais été hypnotisée avant et suis curieuse de connaître les sensations. Pour essayer, je lui propose de me rendre moins timide. Je lui explique que parfois, même si j’ai des choses à dire, la réserve me pousse à m’éclipser.

Là, il fait quelque chose de courant dans la discipline : il utilise la technique de l’ancrage. J’ai la sensation de flotter, de perdre toute notion du temps. J’entends, au loin, les conversations de l’entourage, mais de façon ouatée, conscience sans souhaiter en prendre part. Il y a des exercices de visualisation, et toujours cette sensation d’être partie loin, très loin. De ne pas être tombé en hypnose mais d’avoir voulu se mettre dans cet état là, tellement c’est douillet. Il me demande de penser à une odeur qui me fait me sentir présente, confiante. Sans avoir le temps de réfléchir à la question, c’est l’image de Cuir d’Ange. Je sens ses effluves rien qu’en mentionnant son nom. Depuis, dès que j’ai un moment important, spontanément, c’est vers lui que je me tourne. Effet placebo, science ou magie du cerveau humain, il me renforce immédiatement.

Réminiscences parfumées

Il y a quelques jours, c’était Cairo, le dernier parfum de Penhaligon’s. Inspiré par l’Égypte et les jonques sur le Nil. Une couleur: ocre. Un moment: le coucher du soleil, les voiles des bateaux qui ondulent. L’odeur tiède et poussiéreuse du sable doux qui s’éparpille quand on marche.. Il sent ma maman. Sa peau douce et bronzée. Les soirées de vacances sous le soleil. Quand elle s’apprêtait pour le dîner, sortant sa plus belle robe, ses escarpins en soie, imprimé léopard rouge indien. Du parfum, encore du parfum. Je la regardais, haute comme trois pommes. Fascinée et admirative. Maintenant, je peux désormais porter son odeur et me remémorer ces moments estivaux.

Créer sa propre mémoire des parfums

Mon compagnon s’y est mis. Il associe vêtements et parfum. Cela a débuté avec un parfum de Jean-Claude Ellena. Le fruit d’échanges épistolaires avec le chef – voyageur – chasseur d’épices Olivier Roellinger : Epice Marine – Hermès à nouveau.
Il sent l’indécence du cumin et l’iodé revivifiant. La chaleur sensuelle d’un été indien en Bretagne. Dès qu’il sort sa chemise en velours aux imprimés de carpes japonaises, c’est son unique choix. Dès qu’il va dans un restaurant de poissons aussi.

 

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