C’était l’automne à Chengdu, promenade poétique

l'automne à chengdu

L'automne à Chengdu

Le matin le long de la rivière
le vieil homme s’étire.
À côté de lui une touche pour le pécheur.

Une tortue ?

 

Ce matin
une feuille
est tombée dans mon plat de nouilles.

 

Et une graine
est tombée
dans ma tasse de thé.

 

 

Sur la route du marché

Avant le pont
le vendeur de CD
dort sur son scooter.

Après le pont
le vendeur de pamplemousses
baille et s’étire.

 

automne à chengdu

automne à chengdu

 

Lundi matin
un chat entre
dans le temple Wenshu.

 

A l’entrée du temple Wenshu
les fleurs d’hibiscus
le chant des oiseaux.

 

Derrière les fenêtres
du temple Wenshu
les feuilles d’automne.

 

Chengdu, quinze millions d’habitants. Hier dans le métro, en sortant de l’aéroport, était assis juste à côté de nous un couple de Chinois qui arrivait à Chengdu lui aussi. Il portait un chapeau marron, avec une plume bordeaux, et il louchait d’un œil. L’œil droit. Elle était grande et élancée. Portait des bottes en cuir noir sur un jean bleu foncé, et une veste en cuir noir elle aussi. Elle était habillée de manière bien plus moderne que lui. Ils semblaient venir de deux époques différentes. Ils avaient la peau épaisse et sans ride. Étaient tous les deux bronzés. Beaucoup plus que tous les autres passagers de la rame de métro. Je les imaginais arrivant de la campagne, du froid des montagnes.

Aujourd’hui au salon de thé du temple Wenshu, les voilà qui s’assoient à côté de nous. En nous voyant ils nous reconnaissent. Nous sourient et nous font signe. Nous leur sourions et leur faisons signe aussi, heureux de revoir des visages familiers dans cette grande ville étrangère, où tout le monde nous dévisage.

Nous passons l’après-midi à lire et à boire du thé. De vieux Chinois mangent des cacahuètes à l’ombre des arbres. Une famille entoure une table ronde, des plats, des sachets, des tupperwares éparpillés sur toute la surface disponible. Un oiseau chie sur l’épaule de Fanny. Peut-être est-ce des graines ? Tout le monde se retourne pour regarder une tourterelle passer.

Quelques jours plus tard, nous recroisons le couple dans le métro. Ils ont leurs sacs, leurs valises. Filent dans les couloirs. Repartent-ils déjà eux aussi ?

 

Tout le monde se retourne
pour regarder la tourterelle passer,
15h30 au salon de thé.

 

Au bord de la rivière
le vieil homme écrit
en fumant sa pipe.

 

l'automne à chengdu

Au Parc du Peuple, nous avons rencontré un homme qui était amoureux d’une Française quand il avait vingt ans. Elle apprenait le chinois à l’université de Chengdu, il parlait anglais. Avec elle il a appris un peu de français. Quand il lui a demandé si elle était avec quelqu’un elle lui a répondu que oui.  Quand il lui a demandé si c’était un Chinois, elle lui a répondu oui aussi, et il a abandonné.

Nous venions de terminer le tour du parc quand il nous a parlé. Il nous a demandé si nous étions étrangers, puis si nous étions Français. Nous avions l’air français. Pour lui en tout cas. Il était assis devant un stand de petits jouets pour enfants, sur une chaise de camping pliante. Une chaise en tissu. Rayée verte et blanche. Il parlait un anglais sans accent et un français hésitant, comme s’il ne l’avait plus fait depuis des années, comme s’il n’était pas sûr de pouvoir encore y arriver.

Il a 49 ans maintenant. Il est vieux. Trop vieux. C’est comme ça qu’il nous l’a présenté. “J’ai 49 ans maintenant. Je suis vieux. Trop vieux”. Il a arrêté de parler français après cette histoire. Il le regrette aujourd’hui. Son lui de 20 ans était bête. Trop bête. Il aurait dû continuer le français. Il aurait pu aller en France. Il aurait pu aller à Bordeaux. Boire du vin rouge. Il aime ça, boire du vin rouge. Il aimerait aller à Bordeaux et boire du vin rouge mais pour lui maintenant c’est trop tard. Maintenant il a 49 ans. Il est vieux. Trop Vieux.

Plus tard dans la soirée je repensais à l’homme au stand de jouets, au lui de ses 20 ans et aux lui qu’il n’est jamais devenu, quand nous avons rencontré un jeune homme qui venait de terminer ses études. Il revenait de Rouen. Nous venions de quitter Mao. Ou plutôt son immense statue blanche sur la grand-place de la ville. Il saluait une foule qui n’était pas là. Nous marchions dans la rue quand le jeune Chinois de Rouen nous a entendu parler français. Il s’est arrêté pour échanger quelques mots avec nous,  avant de repartir vers un futur inconnu. Je me demande si lui aussi est tombé amoureux d’une Française avant de rentrer à Chengdu.

 

Le chien errant
regarde les passants.
Nouvelle journée d’automne à Chengdu.

 

Le vieil homme et la peluche

A la gare de car de Chengdu
sous le grand auvent bleu
un homme avec un micro lance
des cadeaux le vieil homme
court ramasser
un paquet de mouchoirs
le range soigneusement dans son sac
et se replace pour attendre
le prochain lancer de cadeau.
Une peluche.

 

La statue de Mao
salue les chauves-souris de sortie.
Douce nuit d’automne.

 

 

Les fleurs de chrysanthème
flottent
à la surface de mon thé.

 

Un bracelet de perles au bras droit
une montre en or au bras gauche
le dealer distribue les cartes

la serveuse lui ressert du thé.

 

Les joueurs de cartes
s’en vont
cèdent leur place aux moineaux.

 

 

Le petit moineau
devenu géant
sur la branche de bonsaï.

 

Sous l’arbre centenaire
à l’abri du soleil d’automne
bébé panda s’endort.

 

Imitant les pandas
le vieil homme s’endort
sous la forêt de bambou.

 

 

Ses petits pieds froids
posés sur ma cuisse
je m’endors.

 

Derrière moi au salon de thé
le vieil homme s’est endormi.
L’automne à Chengdu.

 

 

Une boite de chocolat Milka
un paquet de M&Ms

sur la grande table
en offrande à Bouddha.

 

La nonne frappe
sèchement sur son crâne.
La mouche s’envole.

 

 

A Chengdu les moustiques
aussi prennent leur temps.
En voilà un qui bronze au soleil.

 

Sur
sa chaise en plastique

jaune

le policier s’est endormi.
Tiens revoilà un bichon.

 

 

L’ami de Chengdu

Tous les matins nous croisons
le même petit chien
errant.

C’est un petit chien blanc
avec un long corps, de courtes pattes
et des oreilles pointues.

Il ressemble à un fennec.

Nous lui faisons signe
et il nous regarde passer
de ses yeux ronds noirs et tristes.

Le soir quand nous rentrons
il est toujours là,
assis sur le trottoir.

 

Petit bébé dans sa poussette en osier
regarde les personnes âgées danser.
Fin d’une nouvelle journée à Chengdu.

 

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