Manon Lescaut, Royal Opera House, Londres

Manon Lescaut, Royal Opera House, Londres LArt de Vivre La Culture

Manon Lescaut, Royal Opera House

Bow Street - Londres

Manon Lescaut a été composé par Puccini à la fin du 19ème siècle, adaptant le roman du même nom de l’Abbé Prévost. Cette saison, au Royal Opera House de , le metteur en scène Jonathan Kent en donne son interprétation.

Les décors sont particulièrement soignés, transposant le drame dans une contemporaine fantasmée. Les décennies s’entrechoquent. Là, des bâtiments Bauhaus modernistes, ici des tenues colorées qui remémorent les plages de rouge et de jaune d’un Mondrian. Pour festoyer, de longues tentures bleu nuit en velours sont tirées, des étoiles scintillent et les tables de blackjack rencontrent leur succès.

L’interprétation de l’orchestre confère à cette musique une influence américano-française. Comme une fusion entre une mélancolie à la Jacques Demy et un sens du tragique à la Bernstein. Car Manon Lescaut est aussi dramatique que West Side Story. Point de guerre de clans ici, Il s’agit d’amours contrariés. De choix faits trop tard qui n’augurent rien de bon. Des Grieux rencontre Manon Lescaut, et c”est le coup de foudre. Elle est jeune, pétillante avec ses longs cheveux bouclés qui tombent en cascade sur sa veste en jean. Sondra Radvanovsky l’interprète de manière lumineuse. Sauf que c’est le puissant Géronte de Ravoir qui s’en empare.

On pourrait croire à une Manon Lescaut forcée. Les accoutrements disent le contraire. Son frère Lescaut qui souhaitait la protéger ressemble désormais à un proxénète mafieux avec son costume à rayure et ses cheveux plaqués. Au second acte, la transformation est radicale pour notre héroïne: perruque blonde platine, décolleté plongeant et body ajusté. Manon perd sa fougue adolescente et se transforme en clone de Hilton, dans sa chambre rose fuchsia cloisonnée comme dans un quartier rouge opulent.

Elle minaude, se met elle même en scene sous le regard d’un public voyeur. Dans la foire médiatique, le metteur en scène nous renvoie à notre propre statut de spectateur. Statut de pièce maîtresse n’assumant pas sa nécessaire responsabilité dans la réalisation des mythes de notre temps, des starlettes hollywoodiennes aux reines des médias sociaux. Notre œil a beau être parfois discret, notre posture peut être de dos, nous n’en sommes pas moins le moteur absolu.
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On découvre donc Manon vénale, hésitante, vulnérable. Suivre son cœur ou préférer les bijoux et l’abondance? Cette vie bourgeoise, plutôt que forcée, serait elle en fait vécue à l’insu de son plein gré? Ces revirements se paieront à prix d’or. Manon est désormais scrutée sous tous les angles, le réalisateur en faisant une icone des temps modernes, mi déesse fascinante mi prostituée de luxe, dans un Le Havre brut et sans concession.

Le dénouement approche, l’amour pourrait triompher grâce aux retrouvailles de nos deux protagonistes qui s’en vont réaliser leurs rêves aux . Sauf que le final déchirant nous donne une vision apocalyptique digne de Koyaanisqatsi et que la dureté de la réalité explosera à la figure.

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