L’été à la campagne

Lété à la campagne France Le Voyage

L'été à la campagne

La première semaine de l’été se termine. En sortant du travail, elle regarde le ciel et sourit. Un beau grand sourire spontané. Je souris aussi. Le ciel est bleu. Très bleu. Sans le moindre nuage. Un beau ciel d’été. La chaleur remplace la fraîcheur de la climatisation. La clarté du soleil, la lumière blafarde de nos écrans d’ordinateurs. Devant la gare, de petits groupes de SDF boivent sur les bancs à l’ombre de la rue Faidherbe, Lille.

La fontaine n’est plus là. Depuis que je suis petit, il y a toujours eu une fontaine devant la gare, mais elle a été enlevée. A la place il n’y a rien. Juste une bosse de béton noir sur les vieux carrelages rouges. Un jour, je suis passé devant la gare et la fontaine qui avait toujours était là ne l’était plus. C’est aussi simple que ça.

Nous prenons le train pour Figeac.

Nous prenons en fait un premier train pour . Paris gare du Nord. Là nous prenons le métro, pour nous rendre à la gare d’Austerlitz, où nous attend  un deuxième train, direction Brive-la-Gaillarde, où viennent nous chercher ses parents. Entre les deux trains, nous avons un peu de temps, et nous allons nous promener au Jardin des Plantes. Des couples de personnes âgées marchent lentement entre les parterres de fleurs multicolores, des silhouettes solitaires se dessinent sur les bancs, à l’ombre des arbres, et les cris des enfants résonnent dans le parc. Ils jouent au football, se courent après dans les larges allées de gravier blanc, ou font la queue pour faire un tour de manège.

Lété à la campagne France Le Voyage

Lété à la campagne France Le Voyage

Un petit garçon blond avec un t-shirt tyrannosaure nous croise en courant, prétendant être à dos de dinosaure.

Il semble passer un moment agréable, la-haut, sur le dos de sa monture. Ça a tout l’air d’être un moyen de transport agréable. Je me baladerais bien à dos de dinosaure, moi aussi. Sentir un courant d’air frais me balayer le visage. Et profiter de la vue. Nous passons d’un banc à l’autre, à la recherche du nom de la meilleure amie de sa mère – on peut faire inscrire un petit message pour les morts, sur les bancs du Jardin des Plantes – mais nous ne l’avons jamais trouvé.

Nous allons jusqu’à la pâtisserie de la grande mosquée de Paris, acheter des makrouts et des cornes de gazelles pour la mère de Fanny. Quand elle faisait ses études à Paris, elle s’y rendait toutes les semaines pour en acheter. Dans la petite entrée en mosaïque orange, devant le comptoir, une jeune femme indienne essaie de commander en français. Elle hésite, pose des questions sur chaque pâtisserie, hésite encore, et finit par prendre de tout. Seulement elle n’avait pas précisé qu’elle voulait prendre à emporter, et le vendeur avait préparé toutes ses pâtisseries dans des assiettes. Alors il passe toutes ses pâtisseries des assiettes à de petites boites en cartons colorés. Une file se forme. Nous achetons nos pâtisseries et nous dépêchons de retourner à la gare, où nous avons notre train de justesse.

Je me demande à quoi ressemblera Figeac.

J’aime la campagne. La campagne française. Elle me rappelle les vacances que je passais chez mes grands-parents quand j’étais petit. J’ai grandi en ville, dans un petit HLM en briques rouges. En face, il y avait de grandes tours blanches, ou plutôt de grandes tours qui avaient été blanches, et qui oscillaient maintenant entre le beige et le grisâtre. A côté, il y avait un grand parc où j’allais faire du football, mais il a été détruit. A la place ils ont mis un périph’. Le périph’ de .

Après ça, avec ma bande d’amis nous faisions du football sur un petit parking, notre petit parking, à quelques mètres de chez nous. Nous habitions tous dans le même pâté de HLM. Il y avait un grand mur en briques rouges d’un côté, et un longue rangée d’arbustes de l’autre. Le ballon allait tout le temps se cacher dedans, si bien que je connaissais la carte des arbustes par cœur. Je pouvais m’y faufiler les yeux fermé, entouré des quelques chats qui habitaient là.

Lété à la campagne France Le Voyage

Tous les étés, j’allais une ou deux semaines chez mes grands-parents.

Des deux côtés de la famille. Mon père et ma mère viennent tous les deux de la campagne du Pas-de-Calais. De Maresquel-Ecquemicourt et de Vendin-les-Bethunes. Mon grand-père m’emmenait à sa hutte, où on faisait de la barque en nourrissant les canards. Je l’aidais à cultiver son potager. à préparer les poissons qu’il avait pêché et les faisans qu’il avait chassé. Je passais du temps avec les chiens pendant qu’il bricoler dans le jardin, ou qu’il réparait des choses à retaper dans le garages. Il savait tout réparer. Il savait tout bricoler aussi. Un jour, il m’a construit un but de foot dans le jardin. Un but en bois avec des poteaux carrés. Je passais mes après midi à y jouer pendant que les chiens me regardaient, allongés dans l’herbe.

Avec mes cousins, on allait se promener dans les champs, on grimpait aux arbres, on allait pêcher. Ils me racontaient une enfance à la campagne, je leur racontais une enfance à la ville, assis toute la journée au bord de la rivière. Avec mes cousines, on se promenait dans les champs aussi, on dévaler les pentes, on se roulait par terre, on escalader les ballots de pailles. Un jour il pleuvait, et nous avons passé l’après-midi à courir dans le jardin, à s’arroser avec nos parapluies. La pluie est agréable quand on se met dessous, que ce n’est pas elle qui nous tombe dessus.

Lété à la campagne France Le Voyage

Quand la ducasse était là, sur la grande place du village, on allait y tirer à la carabine, et quand on rentrait le soir, un bon plat nous attendait.

L’odeur venait nous prendre par la main quand on franchissait la porte, et nous conduisait jusqu’à la table de . Et puis venait le moment où je rentrais chez moi, dans mon appartement de Caulier, Lille, où je retournais faire du football sur notre petit parking.

La campagne me rappelle toujours mes étés d’enfance, et je suis pressé d’arriver à Figeac. J’attend ce moment depuis des semaines.

J’y ai pensé tout le printemps, à ma semaine d’été à la campagne.

Nous y allons pour les 70 ans de la mère de Fanny. Fanny voulait lui faire la surprise. Elle voulait que son père vienne nous chercher à la gare, qu’on arrive discrètement pendant qu’elle serait en train de jardiner, dans sa tête elle jardinait, et on irait dans le jardin et on marcherait jusqu’au potager et elle nous verrait. Elle serait contente et émue. Peut-être même qu’elle viendrait courir dans nos bras. Quel beau cadeau ce serait pour son anniversaire. Mais Fanny n’a pas su tenir sa langue et quand nous sommes arrivés à la gare, son père et sa mère nous attendaient. Il faisait noir. On devait arriver à 22H et le train avait un peu de retard. Ils nous attendaient sur le quai. Sous un grosse horloge ronde. Quand ils nous ont vu, ils étaient contents et émus.

Nous l’étions aussi.

Lété à la campagne France Le Voyage

 

Un été à Figeac : 

Partie 1 : L’été à la campagne

Partie 2 : Un été à Figeac 

Partie 3 : La maison de Figeac 

Partie 4 : Balade dans le Lot

Tags from the story
Voir plus d'articles de Axel Clody

Lille : Brasserie André, un restaurant hors du temps

Je n’aime pas spécialement la cuisine. Mais j’aime bien manger. J’aime bien...
Lire la suite

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.