Le Grand Musée du Parfum, Paris

Le Grand Musée du Parfum

Le Grand Musée du Parfum - 73 rue du Faubourg Saint Honoré - 75008 Paris

Au Grand Musée du Parfum, de petites boules cuivrées flottent au milieu d’une grande pièce blanche, comme si elles étaient posées sur les nuages. Surprenant. Intriguant. On marche lentement autour. En silence. Pour ne pas déranger cette apparition mystique. Ce lieu et son aura sacrée.

On se rapproche un peu, doucement. On regarde. On imagine. On devine. On essaye de deviner. On se rapproche encore un peu. Tout proche. Les petites boules cuivrées flottent juste devant nous. Leurs ombres orangées dansent devant nos yeux. On veut les toucher. Les prendre dans nos mains. Les saisir. Les sentir. Les soupeser.

On attend encore un peu. Juste un peu. On regarde autour. On zyeute à droite à gauche, à gauche à droite. Nous observe-t-on ? Peut-on vraiment les toucher ? Les prendre ? Déranger cette composition magnétique ?

On tend le bras. On ouvre la main. On déplie les doigts. On touche la première boule. On l’effleure. On recule. On avance. On la prend. On l’enlève de son petit nuage. On l’a dans les mains. Enfin. Elle est lourde. Plus lourde qu’on ne le pensait. Tiède. Froide et chaude en même temps. Au sommet, un petit trou noir. Mystérieux. Étrange. Mais naturel, comme si on l’attendait, là, au sommet de cette petite boule cuivrée.

Une odeur. Forte. Pure. Obsédante. Rose, lavande, jasmin… des dizaines de petites boules, des dizaines d’odeurs. Un petit monde. Un petit monde se cache dans chacune d’entre-elles, posées sur leur petit bout de nuage, au milieu de la grande pièce blanche.

Une grande étendue d’herbe. Plate. Droite. Immense. De l’herbe verte qui s’étend loin, très loin, sans fin, jusqu’à l’horizon où elle rencontre un ciel bleu sans nuage. Là, pas un brin d’herbe ne dépasse. L’air est doux, comme le baiser d’une mère sur la joue de son bébé endormi, et partout, partout, l’odeur de l’herbe fraîchement coupée, l’odeur des grains de raisins écrasés.

Une pièce blanche. Complètement blanche, du sol au mur au plafond. Pure. Propre. Presque brillante. Eblouissante. Petite et immense. Parfois les murs semblent être à portée de main, on pourrait les toucher, les effleurer, juste en tendant le bras, parfois ils semblent inexistants, disparus, comme volatilisés, ne laissant qu’un grand vide blanc. Un peu partout des bouts de linge sèchent. Des tapis, des draps, des rideaux, des chemises, des t-shirts, des chaussettes, des sous-vêtements… blancs. Partout. Partout tout est blanc. Blanc à en faire plisser les yeux. L’odeur de propreté, de lessive, monte à la tête. Dilate les sinus. Fait venir les larmes aux yeux.

Une cale de bateau. Petite. Étriquée. Faite de planches d’un bois exotique. Sombres. Presque noires. Brillantes. Huileuses. Toute la cale semble être recouverte d’une petite couche de graisse. Parfois une goutte tombe du plafond sur le sol, dans un bruit sourd, comme un vieil homme qui marche dans ses chaussons rayés, et parfois une goutte coule le long du mur en laissant derrière elle une trace, plus sombre encore, comme un escargot sur un gâteau au chocolat. Il y a pas mal de monde, dans la petite cale du bateau, montant descendant montant descendant, ondulant au rythme de l’eau. Ils sont entassés les uns sur les autres depuis des jours, mais personne ne sent. Pas une odeur corporelle. Rien. Rien d’autre que l’odeur du bois. Lourde. Chaude. Fumée.

Des fleurs. Des fleurs partout. Partout où les yeux peuvent se poser, des fleurs. Des collines et des collines recouvertes de fleurs. Une forêt sans fin de fleurs, une jungle interminable de pétales. Des fleurs jaunes, des fleurs oranges, des fleurs rouges, des fleurs bordeaux, des fleurs marrons. Des fleurs d’automne. Presque fanées. Presque sèches. Des fleurs aux parfums entêtants, obsédants, hypnotiques. Un parfum qui volette dans les airs, comme un épais brouillard qui brouillerait tout ce qui l’entoure et qui cacherait, en son cœur, une petite odeur de fleurs moisies.

Une à une les petites boules, posées sur leur nuage, révèlent leur odeur. Le monde qu’elles renferment. Le monde qu’elles cachent derrière leur mystérieuse armure métallisée. Cuivrée. Et puis on repose la dernière boule, sur son petit nuage, et la visite se termine. Des escaliers blanc et bleu, une porte vitrée et revoilà . Paris et ses bâtiments de pierre beige, tous de la même taille, parfaitement alignés, avec leurs moulures, leurs balcons et leurs garde-corps noir. Ca sent les feuilles en décomposition, la terre humide et les gaz d’échappement. L’air frais picote les narines. C’est l’hiver.

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